24/11/2025

Vieillissement en Loire-Atlantique : quelles conséquences pour notre système de santé ?

Vieillissement démographique : une accélération régionale marquée

Entre 2010 et 2020, la Loire-Atlantique a vu sa population croître plus vite que la moyenne nationale, en particulier chez les personnes âgées. Selon l’Insee, la part des plus de 65 ans atteint 18,5 % en 2020 contre 15,9 % en 2010, soit une progression significative due notamment à l’arrivée des générations du baby-boom à l’âge de la retraite (source : Insee). D’ici 2040, le département comptera près de 320 000 personnes de plus de 65 ans, soit un habitant sur quatre.

La courbe du vieillissement suit une pente encore plus prononcée dans les zones littorales comme la Presqu’île guérandaise ou Pornic, où la part des seniors dépasse déjà 25 %. Ces évolutions posent au système de santé des défis concrets, renouvelés et souvent exacerbés par l’attractivité du territoire auprès des retraités.

Changements majeurs dans les besoins de santé

Avec le vieillissement, la typologie des demandes évolue. Les pathologies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, maladies neurodégénératives comme Alzheimer) sont de plus en plus fréquentes. En Loire-Atlantique, on estime que 1 personne sur 4 de plus de 75 ans présente au moins deux affections chroniques de longue durée (source : Assurance maladie, chiffres régionaux).

  • Augmentation des consultations spécialisées : gériatrie, cardiologie, neurologie deviennent des spécialités en forte tension.
  • Prise en charge pluriprofessionnelle : les parcours de soins doivent intégrer médecin traitant, infirmier, kinésithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute…
  • Dépendance croissante : en Loire-Atlantique, près de 35 000 personnes seraient considérées comme dépendantes en 2023, et ce chiffre devrait bondir de 20 % d’ici 2030.

Un autre enjeu : la polypathologie, c’est-à-dire la coexistence de plusieurs maladies, est fréquente. Cela demande des adaptations majeures dans la coordination et l’organisation des soins. La problématique du « risque de chute » est également criante : les hospitalisations pour traumatismes dus à des chutes augmentent de façon continue dans les hôpitaux nantais et du département (source : Santé Publique France).

Pression accrue sur les services de santé et de soins locaux

Difficultés d’accès aux soins et territoires sous tension

Si Nantes reste mieux dotée, de nombreux bassins de vie – notamment ruraux ou littoraux – voient le nombre de médecins généralistes et spécialistes baisser depuis dix ans. D’après l’Ordre des médecins, la densité de généralistes en Loire-Atlantique est passée de 122 à 114 pour 100 000 habitants entre 2012 et 2022, alors que la demande explose.

  • Allongement des délais de RDV : pour obtenir un rendez-vous en ophtalmologie dans le nord du département, il faut parfois 6 à 8 mois.
  • Médecins traitants : entre 10 % et 15 % des seniors de plus de 75 ans n’ont pas de médecin traitant identifié (source : CPAM Loire-Atlantique).

Les effectifs infirmiers sont également mis à rude épreuve, avec des difficultés de recrutement persistantes dans les SSIAD (Services de soins infirmiers à domicile), dont les files d’attente peuvent dépasser plusieurs semaines, voire des refus faute de places.

Les établissements de type EHPAD : vers la saturation ?

Selon l’ARS Pays de la Loire, la Loire-Atlantique propose environ 10 500 places en Ehpad ou unités de soins longue durée. Le taux d’occupation est proche de 98 %, et nombre d’établissements affichent complet en continu. Dans certains secteurs, un délai de plusieurs mois s’impose pour obtenir une place. Par ailleurs, la population résidente évolue : plus âgée au moment de l’entrée (aujourd’hui 87 ans en moyenne), avec des états de santé plus dégradés et un maintien à domicile plus long.

  • 20 % des résidents présentent des troubles psychiques sévères
  • 80 % ont besoin d’une aide complète pour la toilette et l’habillage
  • Les besoins en soins palliatifs sont croissants

La question du personnel reste centrale : dans les Ehpad du département, le taux d’absentéisme approche 10 % et le recrutement d’aides-soignants s’avère difficile, notamment dans les zones rurales (source : Fédération Hospitalière de France, 2023).

Défis du maintien à domicile des personnes âgées

Face à la saturation des établissements et à l’aspiration d’un grand nombre de seniors à rester chez eux, le maintien à domicile prend de l’importance. Il concerne aujourd’hui plus de 70 % des personnes de plus de 80 ans en Loire-Atlantique. Cependant, ce choix soulève aussi des défis de taille :

  • Manque de personnels à domicile : difficulté de recrutement dans l’aide à domicile, turn-over élevé, précarité des emplois.
  • Coordination complexe entre intervenants : famille, infirmiers, aide-ménagères, kinés…
  • Risque d’isolement social et de rupture de soins : surtout dans les communes rurales, où l’éloignement des services est un frein supplémentaire.
  • Prise en charge des situations d’urgence : Les passages répétés aux urgences pour pathologies chroniques ou chutes posent la question du maillage des services.

Le défi de la prévention et de l'adaptation de l’habitat

Si près de 9 chutes sur 10 des personnes âgées ont lieu à domicile, renforcer la prévention apparaît comme une priorité. Les actions de repérage, d’aménagements simples (barres d’appui, cheminement sécurisé, domotique) restent encore insuffisamment répandues. Le Conseil départemental propose des aides à l’adaptation de l’habitat, mais la demande croît plus vite que les subventions disponibles.

  • 50 % des logements occupés par des personnes de plus de 75 ans n’ont jamais fait l’objet d’adaptation spécifique (source : Observatoire régional du logement des Pays de la Loire, 2022).
  • La Loire-Atlantique a lancé en 2023 une expérimentation pour déployer 1 000 habitats inclusifs d'ici 2025, visant des alternatives entre domicile classique et Ehpad (source : Département de Loire-Atlantique).

L’organisation territoriale en question : coopération et innovations locales

Décloisonner et coopérer : l’exemple des PTA et MAIA

Pour répondre à la complexité des parcours, la Loire-Atlantique mise sur le développement de « plateformes territoriales d’appui » (PTA) ou de dispositifs d’intégration comme les MAIA (Méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie). Leur mission : coordonner les intervenants, accompagner les familles, simplifier l’accès aux droits.

  • Une douzaine de PTA couvrent aujourd’hui l’ensemble du département, centrées sur les situations complexes ou d’urgence.
  • La MAIA du bassin nantais gère près de 600 situations par an, la moitié concernant des personnes en grande précarité sociale ou avec des troubles cognitifs avancés.

Les innovations en santé : une réponse mais pas un remède miracle

La télémédecine se développe, notamment dans les Ehpad et à domicile pour réduire les transports et limiter l’engorgement des consultations, avec environ 8 000 actes téléconsultés en 2023 dans le département (source : ARS Pays de la Loire). Néanmoins, le faible équipement informatique de certains aînés ou les difficultés d’usage constituent des limites.

Le déploiement des équipes mobiles Alzheimer (en gériatrie ou santé mentale), les « maisons de santé pluridisciplinaires » et les « HAD » (hospitalisation à domicile) connaissent une montée en charge : 1 300 patients pris en charge en HAD en 2022 en Loire-Atlantique, une croissance de 15 % par rapport à 2019.

Regards croisés et perspectives : pivoter vers un système plus inclusif

La Loire-Atlantique illustre tous les obstacles et toutes les avancées qui caractérisent la gestion du vieillissement dans un système de santé en pleine transition. Le département se distingue par sa capacité d’innovation et la diversité de ses acteurs, mais doit encore relever des défis majeurs : recrutement, adaptation accélérée des pratiques, équité d’accès aux soins, et prise en compte de la parole et des attentes des personnes concernées.

  • Renforcer l’attractivité des métiers du soin et de l’accompagnement, avec un effort sur la formation et la valorisation des carrières.
  • Pousser plus loin la coopération sans cloisonnement entre ville, domicile, établissement, urgentistes et réseaux sociaux locaux.
  • Poursuivre les investissements dans la prévention et l’adaptation de l’habitat, pour éviter la « cascade de la dépendance ».
  • Expérimenter de nouveaux modèles d’habitat inclusif ou médicalisé intermédiaire pour répondre à la diversité des souhaits et besoins.

Tout l’enjeu, dans les années à venir, sera d’ajuster au mieux les dispositifs à la réalité d’un vieillissement qui n’est ni uniforme, ni linéaire, et de faire émerger, en Loire-Atlantique, un modèle de soins pour les aînés exemplaire et humain.

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