01/11/2025

Dans les coulisses des campagnes locales de dépistage et de sensibilisation

Le rôle grandissant des communes face aux enjeux de santé publique

L’évolution démographique, le vieillissement de la population et la hausse des maladies chroniques ont placé les questions de prévention et d’accompagnement sanitaire au cœur des préoccupations locales. En Loire-Atlantique, comme ailleurs en France, les communes sont devenues des actrices incontournables de la promotion de la santé, en complément du rôle de l’État, des Agences Régionales de Santé (ARS) et des associations. Mais comment ces collectivités, au plus près des habitants, s’organisent-elles concrètement pour déployer des initiatives de dépistage ou de sensibilisation accessibles et efficaces ?

Pourquoi des campagnes de dépistage et de sensibilisation au niveau communal ?

Le territoire communal est un échelon pertinent pour toucher l’ensemble de la population, et notamment les publics les plus vulnérables : personnes âgées isolées, familles, jeunes, personnes éloignées des soins… Selon Santé publique France, 38 % des seniors vivant à domicile déclarent ne pas être suffisamment informés sur les ressources en matière de prévention.(1) Les campagnes locales permettent d’anticiper des risques (cancers, diabète, troubles auditifs ou visuels, maladies infectieuses), d’agir contre l’isolement ou d’adapter les comportements (nutrition, activité physique, usage des écrans…).

  • Une proximité avec les habitants, essentielle pour instaurer la confiance
  • Une connaissance fine des besoins locaux, grâce au contact avec les acteurs de terrain
  • La capacité à impliquer les réseaux associatifs et professionnels locaux (médecins, pharmaciens, centres sociaux…)
  • Un maillage territorial qui limite les ruptures d’accès aux soins

Identifier les besoins : la première étape clé

Toutes les campagnes de prévention efficaces commencent par un diagnostic local. Les communes s’appuient généralement sur plusieurs indicateurs :

  • Données épidémiologiques locales fournies par l’ARS ou l’Assurance Maladie : taux de dépistage des cancers, prévalence du diabète, nombre de personnes âgées isolées…
  • Retour des professionnels de santé : les médecins, pharmaciens, infirmiers signalent en comité les besoins émergents (hausse d’AVC, dénutrition, fragilité…)
  • Sollicitation des associations locales (France Alzheimer, Ligue contre le Cancer, Fédération des diabétiques, etc.)
  • Enquêtes auprès des habitants, parfois menées lors des Conseils des Sages ou ateliers seniors

À Nantes, par exemple, des ateliers intergénérationnels permettent de faire émerger des thématiques prioritaires, telles que la prévention des chutes, la vaccination contre la grippe ou le dépistage de la déficience visuelle chez les plus de 75 ans.(2)

Étapes concrètes d’une campagne de dépistage organisée par les communes

1. La construction partenariale : la force des collaborations

Les campagnes locales reposent rarement sur la seule énergie de la mairie. Elles s’appuient sur des partenariats pluriels :

  • Institutions sanitaires : ARS, Centres hospitaliers, Assurance Maladie (CPAM, CARSAT)
  • Associations spécialisées : Ligue contre le cancer, Croix-Rouge, ADAJ, France Parkinson…
  • Structures médico-sociales : EHPAD, CCAS, Services d’aide à domicile
  • Réseaux de professionnels de santé : maisons de santé, pharmacies, laboratoires
  • Bénévoles et référents de quartier

Un bon exemple de cette coopération peut être observé pendant le "Mois sans tabac", où les services municipaux, CPAM, médecins et associations locales s’unissent pour sensibiliser et dépister sur un stand en centre-ville ou lors de marchés.

2. La définition précise du public cible

  • Seniors pour la prévention des chutes, le dépistage de la DMLA ou des troubles cognitifs
  • Femmes de 50 à 74 ans dans le cadre des campagnes de dépistage organisé du cancer du sein (source : INCa)
  • Travailleurs exposés à des risques particuliers (bruit, produits chimiques)
  • Enfants et familles pour des actions sur l’audition, la vaccination, l’alimentation

La définition du public cible conditionne le choix des messages, des supports, des lieux et des horaires d’intervention.

3. La mobilisation des moyens matériels et humains

Les communes disposent souvent de salles polyvalentes, de médiathèques, d’espaces de vie sociale pouvant accueillir les actions. Elles intègrent aussi dans leur budget (ou via des subventions) les imprévus logistiques : location de matériel, supports de communication, frais de déplacement ou d'interprètes pour les personnes en situation de handicap.

Exemple : à Saint-Nazaire, lors d’une campagne de dépistage du diabète en 2023, près de 280 personnes ont été accueillies en trois jours dans la Maison de quartier de la Chesnaie, grâce à la mobilisation d’une dizaine de professionnels et de nombreux bénévoles.(3)

4. Une communication adaptée et multicanale

  • Affichage chez les commerçants et lieux publics
  • Diffusion de tracts et d’affiches dans les boîtes aux lettres ou dans les écoles
  • Relais via les réseaux sociaux municipaux et sites web officiels
  • Annonce dans le magazine communal ou par le biais de SMS envoyés par le CCAS aux abonnés
  • Partenariats médias locaux (Ouest-France, Presse Océan, radios locales)

Cette communication préalable s’avère décisive. La France constate par exemple un léger recul du taux de participation au dépistage du cancer du sein lors de campagnes trop discrètes (INCa : passé de 52% en 2015 à 47% en 2021 en Loire-Atlantique).(4)

Exemples concrets d'actions menées en Loire-Atlantique

Le département se distingue par son engagement, avec plus de 350 actions de prévention recensées en 2022 par le Réseau Départemental de Prévention. Voici quelques illustrations :

  • Campagne de prévention de la canicule : chaque été, une veille sanitaire est organisée avec un registre communal des personnes vulnérables, appels téléphoniques, distribution de livrets informatifs et mise à disposition de salles rafraîchies.(5)
  • Dépistage auditif en zone rurale à Vallet : grâce à un partenariat avec une association d’audioprothésistes, près de 180 personnes ont pu tester leur audition gratuitement sur une journée.
  • Prévention du diabète à Châteaubriant : organisation de marches découvertes, présence d’infirmières pour des tests de glycémie, conférences sur l’alimentation équilibrée.
  • Sensibilisation aux risques domestiques pour les seniors à Pornic : ateliers pratiques, remise de kits d'ampoules LED pour lutter contre les chutes.
  • Dépistage visuel dans plusieurs communes du Pays d’Ancenis, en lien avec les centres optiques solidaires.

Sur Nantes Métropole, la “Semaine Bleue” a rassemblé en 2023 plus de 2 000 participants âgés de plus de 60 ans, autour d’ateliers santé, projections, forums, et stands d’information sur le bien vieillir.

Des freins récurrents et des solutions locales

Malgré l’engagement, plusieurs freins subsistent :

  • Manque d’information ou de sensibilisation : certains habitants craignent que le dépistage soit intrusif ou stigmatisant.
  • Barrières financières ou de mobilité : difficulté d’accès pour les personnes à mobilité réduite ou sans transport.
  • Fracture numérique qui limite l’accès à l’information aux plus âgés.

Pour contourner ces obstacles, les communes innovent : déplacements d’équipes mobiles dans les hameaux, navettes gratuites lors des journées de dépistage, interprétariat en langue des signes ou documents traduits pour les personnes non francophones. Certains CCAS proposent même des rendez-vous personnalisés à domicile pour les personnes très isolées.

Les retombées concrètes et l’enjeu de l’évaluation

La réussite d’une campagne de dépistage ne se mesure pas uniquement au nombre de participants, mais aussi par l’impact réel sur la santé de la population. Les communes sont de plus en plus nombreuses à mettre en place des outils d’évaluation (questionnaires de satisfaction, remontées d’indicateurs clés, retours des professionnels) pour ajuster le contenu de leurs campagnes.

À titre d’exemple, en Loire-Atlantique, entre 2019 et 2022, la part de seniors ayant bénéficié d’un bilan de prévention à domicile est passée de 9 % à 16 % selon l’Observatoire régional de la santé (ORS Pays de la Loire). Les campagnes locales ont contribué à cette progression.

Vers de nouvelles dynamiques : l’exemple de la prévention intégrée

En 2024, plusieurs communes de Loire-Atlantique expérimentent des approches intégrées : “Villages prévention” sur plusieurs jours, où se croisent stands de dépistage, ateliers pratiques, conférences, animations intergénérationnelles. L’objectif : mixer la prévention santé avec l’échange entre générations, et rompre l’isolement.

  • Exemple : Saint-Herblain met en place tous les ans une journée “Bien vieillir dans mon quartier”, qui offre à la fois des ateliers mémoire, des dépistages du diabète, et des espaces de parole animés par des psychologues, avec le soutien de l’ARS et du Conseil Départemental.

Cette mutation s’explique par la volonté de créer une culture de la prévention partagée, ouverte et évolutive, en ne considérant plus les campagnes comme des moments isolés, mais comme une dynamique de territoire et de lien social.

Références

  • 1 – Santé publique France
  • 2 – Ville de Nantes : Ateliers intergénérationnels, Conseil des Sages
  • 3 – Presse Océan : “Prévention et dépistage du diabète à Saint-Nazaire”, article mars 2023
  • 4 – Institut National du Cancer (INCa) : Rapport 2022
  • 5 – Département Loire-Atlantique et ARS Pays de la Loire : Plan de veille canicule, bilan 2022
  • ORS Pays de la Loire : Observatoire régional de la santé, chiffres 2019-2022

En savoir plus à ce sujet :

Tous droits réservés | © Copyright ehpadmonrepos.fr.